Cicéron, Pour Archias, 10.22-24 : "Pouvoir(s) de la poésie"
Original (157 mots environ
) :
Nam si quis minorem gloriae fructum putat ex Graecis uersibus percipi quam ex Latinis,
uehementer errat, propterea quod Graeca leguntur in omnibus fere gentibus, Latina
suis finibus, exiguis sane, continentur. Qua re si res eae, quas gessimus, orbis
terrae regionibus definiuntur, cupere debemus, quo manuum nostrarum tela peruenerint,
eodem gloriam famamque penetrare, quod quum ipsis populis, de quorum rebus scribitur,
haec ampla sunt, tum iis certe, qui de uita gloriae causa dimicant, hoc maximum et
periculorum incitamentum est et laborum . Quam multos scriptores rerum suarum magnus
ille Alexander secum habuisse dicitur ! Atque is tamen, cum in Sigeo ad Achillis tumulum
astitisset : « O fortunate » inquit « adulescens, qui tuae uirtutis Homerum praeconem
inueneris ! » Et uere. Nam nisi Ilias illa exstitisset, idem tumulus, qui corpus eius
contexerat, nomen etiam obruisset. Quid ? Noster hic Magnus, qui cum uirtute fortunam
adaequauit, nonne Theophanem Mytilenaeum, scriptorem rerum suarum, in contione militum
ciuitate donauit ?
Français (trad.
Sarah Gaucher)
:
Car si l’on croit que le fruit de la gloire se recueille moins des vers grecs que
des vers latins, on commet une grave erreur, parce que le grec est lu chez presque
toutes les nations, tandis que le latin est limité par ses frontières, bien étroites.
Pour cette raison, si les actions que nous avons accomplies ont pour limites les bornes
de l’univers, nous devons espérer que notre gloire et notre renommée aillent aussi
loin que les armes de nos troupes sont parvenues, parce que d’une part pour les peuples
mêmes dont on écrit l’histoire ces choses sont importantes, et que d’autre part il
ne fait aucun doute que, pour ceux qui risquent leur vie en vue de la gloire, il y
a là une très puissante incitation à la fois aux périls et aux fatigues. Combien d’historiens
de ses exploits le grand Alexandre eut-il jadis, dit-on, à ses côtés ! Et lui cependant,
alors qu’il s’était tenu (/se tenait) près du tombeau d’Achille sur le promontoire
de Sigée, dit : « Heureux jeune homme, puisque tu as trouvé un Homère comme héraut
de ta valeur ! ». Et il disait vrai. Car si la célèbre Iliade n’avait pas existé,
le même tombeau qui avait couvert le corps d’Achille aurait aussi enseveli son nom.
Eh quoi ? De nos jours notre Grand Pompée, qui a rendu son succès égal à sa valeur,
est-ce qu’il n’a pas, dans une harangue à ses soldats, gratifié Théophane de Mytilène,
historien de ses exploits, du droit de cité ?
Mots-clés : indicatif présent ; indicatif parfait ; indicatif plus-que-parfait ; subjonctif parfait ; subjonctif plus-que-parfait ; infinitif présent ; infinitif parfait ; ipse, a, um ; is, ea, id ; ille, illa, illud ; hic, haec, hoc ; idem, eadem, idem ; qui, quae, quod ; proposition relative (indicatif) ; proposition relative (subjonctif) ; relatif de liaison ; interrogative directe ; exclamative ; circonstancielle causale (indicatif) ; cum + subjonctif ; tum … cum ; passif personnel + infinitif ; système hypothétique (réel) ; système hypothétique (irréel du passé) ; discours ; littérature ; société
Contribution : Sarah Gaucher