Lucain, La Pharsale, 9.1081-1108 : "Discours de César après la mort de Pompée"
Original (189 mots environ
) :
« Nec fallere uosmet
credite uictorem : nobis quoque tale paratum
litoris hospitium ; ne sic mea colla gerantur
Thessaliae fortuna facit. Maiore profecto
quam metui poterat discrimine gessimus arma :
exilium generique minas Romamque timebam ;
poena fugae Ptolemaeus erat. Sed parcimus annis
donamusque nefas. Sciat hac pro caede tyrannus
nil uenia plus posse dari. Vos condite busto
tanti colla ducis, sed non ut crimina solum
uestra tegat tellus : iusto date tura sepulchro
et placate caput cineresque in litore fusos
colligite atque unam sparsis date manibus urnam.
Sentiat aduentum soceri uocesque querentis
audiat umbra pias. Dum nobis omnia praefert,
dum uitam Phario mauolt debere clienti ,
laeta dies rapta est populis, concordia mundo
nostra perit. Caruere deis mea uota secundis,
ut te conplexus positis felicibus armis
adfectus a te ueteres uitamque rogarem,
Magne , tuam, dignaque satis mercede laborum
contentus, par esse tibi. Tunc pace fideli
fecissem ut uictus posses ignoscere diuis,
fecisses ut Roma mihi. » Nec talia fatus
inuenit fletus comitem nec turba querenti
credidit : abscondunt gemitus et pectora laeta
fronte tegunt, hilaresque nefas spectare cruentum,
(o bona libertas !), cum Caesar lugeat, audent.
Français (trad.
Sarah Gaucher)
:
« Et n’allez pas croire que vous abusiez le vainqueur : à moi aussi un tel accueil
était réservé sur votre rivage ; si ce n’est pas ma tête qu’on porte ainsi, c’est
à ma bonne fortune en Thessalie que je le dois. Nous avons fait la guerre en nous
exposant à un plus grand danger, assurément, que celui que l’on pouvait redouter :
l’exil, les menaces d’un gendre, Rome, voilà ce que je craignais ; mais le châtiment
de la fuite, c’était Ptolémée. Mais nous pardonnons à son âge et le tenons quitte
de son crime impie. Que le tyran sache qu’en retour de ce meurtre, il ne pourra rien
obtenir de plus que mon pardon . Quant à vous, ensevelissez la tête d’un si grand
chef, mais pas seulement pour que la terre recouvre votre crime : offrez de l’encens
à la sépulture qu’il mérite, apaisez sa tête, recueillez ses cendres répandues sur
le rivage et offrez une seule urne à ses mânes dispersés. Que son ombre sente l’arrivée
de son beau-père et entende, au milieu de ses plaintes , de pieuses paroles. En préférant
tout à ma personne, en aimant mieux devoir la vie à son client de Pharos, il a volé
aux peuples le jour du bonheur, il a privé à jamais le monde de notre réconciliation.
Ils n’ont pas trouvé de dieux favorables, les vœux que je formais de te serrer dans
mes bras après avoir déposé mes armes victorieuses, de te demander de m’aimer comme
autrefois et de vivre, Magnus, et, satisfait de cette récompense bien digne de mes
peines, de te demander de me laisser être ton égal . Alors, par une paix loyale, j’aurais
fait que, même vaincu, tu pusses pardonner aux dieux, et toi tu aurais fait que Rome
pût me pardonner ». Telles furent ses paroles, mais il ne trouva personne pour se
joindre à ses pleurs et la foule ne crut pas à ses plaintes : les soldats renferment
leur douleur, ils la déguisent sous l’apparence de la joie et ils osent regarder avec
bonheur le crime atroce (ô douce liberté !), alors que César pleure le mort.
Mots-clés : indicatif présent ; indicatif imparfait ; indicatif parfait ; subjonctif présent ; subjonctif imparfait ; subjonctif plus-que-parfait ; impératif présent ; infinitif présent ; participe présent ; participe parfait ; déponent ; comparatif ; comparatif de l'adverbe ; proposition infinitive ; complétive ut + subjonctif ; complétive ne + subjonctif ; circonstancielle consécutive (subjonctif) ; complément du comparatif ; cum + subjonctif ; ablatif absolu ; omission du verbe esse ; subjonctif en principale ; épopée ; guerre ; mort
Contribution : Sarah Gaucher