Ovide, Héroïdes, 1.47-74 : "Pénélope déplore l'absence d'Ulysse"
Original (205 mots environ
) :
Sed mihi quid prodest uestris disiecta lacertis
Ilios, et murus quod fuit esse solum,
si maneo qualis Troia durante manebam
uirque mihi dempto fine carendus abest ?
Diruta sunt aliis, uni mihi Pergama restant,
incola captiuo quae boue uictor arat.
Iam seges est ubi Troia fuit resecandaque falce
luxuriat Phrygio sanguine pinguis humus ;
semisepulta uirum curuis feriuntur aratris
ossa ; ruinosas occulit herba domos.
Victor abes nec scire mihi quae causa morandi
aut in quo lateas, ferreus, orbe licet !
Quisquis ad haec uertit peregrinam litora puppim,
ille mihi de te multa rogatus abit,
quamque tibi reddat, si te modo uiderit usquam,
traditur huic digitis charta notata meis.
Nos Pylon , antiqui Neleia Nestoris arua,
misimus ; incerta est fama remissa Pylo.
Misimus et Sparten ; Sparte quoque nescia ueri.
Quas habitas terras aut ubi lentus abes ?
Vtilius starent etiamnunc moenia Phoebi
(irascor uotis, heu !, leuis ipsa meis).
Scirem ubi pugnares et tantum bella timerem,
et mea cum multis iuncta querela foret. // (arrêt possible)
Quid timeam, ignoro ¬ timeo tamen omnia demens,
et patet in curas area lata meas.
Quaecumque aequor habet, quaecumque pericula tellus,
tam longae causas suspicor esse morae.
Haec ego dum stulte metuo, quae uestra libido est,
esse peregrino captus amore potes.
Français (trad.
Sarah Gaucher)
:
Mais à quoi me sert qu’Ilion ait été renversée par vos bras et que son ancienne muraille
soit au niveau du sol si je demeure telle que je demeurais lorsque Troie perdurait,
si l’absence du mari dont je suis privée ne doit point avoir de termes ? Détruite
pour les autres, pour moi seule Pergame est encore debout, elle que le vainqueur qui
y séjourne laboure avec un bœuf captif. Déjà la moisson se tient où se tint Troie
et la terre, engraissée du sang phrygien, offre son abondante récolte au tranchant
de la faux ; le soc recourbé heurte les ossements à demi ensevelis des guerriers ;
l’herbe couvre les maisons en ruine. Vainqueur, tu es absent et je ne puis savoir
ni la cause de ton retard ni en quelle partie du monde tu te caches, insensible !
Quiconque dirige vers ces rivages sa poupe étrangère ne s’en va qu’après que je l’ai
pressé de nombreuses questions à ton propos et on lui confie une lettre écrite de
mes mains pour qu’il te la remette, si toutefois il t’a rencontré quelque part. Nous
avons envoyé un émissaire à Pylos, pays du vieux Nestor, fils de Nélée. Les nouvelles
rapportées de Pylos sont incertaines. Nous avons également envoyé un émissaire à Sparte
; Sparte aussi ignore la vérité. Quelles terres habites-tu et en quel lieu t’attardes-tu
? Je gagnerais davantage à ce que les remparts de Phébus se tiennent encore débout
(hélas ! inconséquente que je suis, je m’irrite contre mes propres vœux !). Je saurais
où tu combats, je ne craindrais que la guerre et ma plainte serait jointe à beaucoup
d’autres. Je ne sais ce que je crains. Cependant, dans mon égarement, je crains tout
et un vaste champ est ouvert à mes inquiétudes. Tous les périls que recèle la mer,
tous ceux que recèle la terre, je les soupçonne d'être la cause de si longs retards.
Tandis que pour ma part je ressasse sottement ces craintes, tu es peut-être captif
d’un amour étranger (tel est votre désir, à vous les hommes !).
Mots-clés : indicatif présent ; indicatif imparfait ; indicatif parfait ; subjonctif présent ; subjonctif imparfait ; subjonctif parfait ; infinitif présent ; participe présent ; participe parfait ; adjectif verbal ; gérondif ; déponent ; comparatif ; comparatif de l'adverbe ; ille, illa, illud ; hic, haec, hoc ; qui, quae, quod ; quis, quae, quid ; proposition relative (indicatif) ; interrogative directe ; interrogative indirecte ; circonstancielle de lieu (ubi) ; comparative (indicatif) ; ablatif absolu ; omission du verbe esse ; adjectif verbal attribut ; subjonctif en principale ; système hypothétique (réel) ; élégie ; amour ; famille ; guerre ; mort
Contribution : Sarah Gaucher