Sénèque, De la clémence, 1.9.7-10 : "La clémence d'Auguste"
Original (210 mots environ
) :
« Hoc » inquit « primum a te peto ne me loquentem interpelles, ne medio sermone meo
proclames ; dabitur tibi loquendi liberum tempus. Ego te, Cinna, cum in hostium castris
inuenissem, non factum tantum mihi inimicum sed natum, seruaui, patrimonium tibi omne
concessi. Hodie tam felix et tam diues es ut uicto uictores inuideant. Sacerdotium
tibi petenti praeteritis conpluribus quorum parentes mecum militauerant dedi ; cum
sic de te meruerim, occidere me constituisti. » Cum ad hanc uocem exclamasset procul
hanc ab se abesse dementiam : « Non praestas » inquit « fidem, Cinna ; conuenerat
ne interloquereris. Occidere, inquam, me paras » ; adiecit locum, socios, diem, ordinem
insidiarum, cui commissum esset ferrum. Et cum defixum uideret nec ex conuentione
iam sed ex conscientia tacentem : « Quo » inquit « hoc animo facis ? Vt ipse sis princeps
? Male mehercules cum populo Romano agitur, si tibi ad inperandum nihil praeter me
obstat. Domum tueri tuam non potes, nuper libertini hominis gratia in priuato iudicio
superatus es ; adeo nihil facilius potes quam contra Caesarem aduocare. Cedo, si spes
tuas solus inpedio : Paulusne te et Fabius Maximus et Cossi et Seruilii ferent tantumque
agmen nobilium non inania nomina praeferentium, sed eorum qui imaginibus suis decori
sint ? »
Français (trad.
Clémence Pelletier)
:
« Je te demande, dit-il, ceci en premier lieu, de ne pas m’interrompre tant que je
parle, de ne pas protester au milieu de mon propos ; un temps libre pour parler te
sera donné. Moi, alors que je t’avais trouvé, Cinna, dans le camp des ennemis, toi
qui étais non seulement devenu mon ennemi mais qui étais né tel, je t’ai sauvé, je
t’ai laissé tout ton patrimoine. Aujourd’hui tu es si prospère et riche que les vainqueurs
envient le vaincu. Je t’ai donné un sacerdoce quand tu le demandais, après avoir laissé
de côté bon nombre de candidats dont les parents avaient fait leur service militaire
avec moi ; alors que je me suis comporté ainsi à ton égard, tu as pris la résolution
de me tuer. » Comme à ce mot il s’était exclamé que cette folie était bien loin de
lui, Auguste dit : « Tu ne tiens pas ta parole, Cinna ; il avait été convenu que tu
n’interviendrais pas. Tu t’apprêtes à me tuer, dis-je. » Il ajouta le lieu, ses associés,
la date, l’enchaînement du guet-apens, à qui le fer avait été confié. Et comme il
le voyait figé et muet non plus du fait de leur pacte, mais du fait de sa mauvaise
conscience, il lui dit : « Dans quelle intention fais-tu cela ? Pour être toi-même
empereur ? Par Hercule, le peuple romain est bien mal en point, si rien à part moi
ne te fait obstacle pour accéder au pouvoir. Tu ne peux pas protéger ta propre maison,
récemment tu as été vaincu dans un procès privé par l’influence d’un affranchi ; Bien
sûr, rien de plus facile pour toi que d’appeler à l’aide contre César. Je me retire
si je suis le seul à entraver tes espérances : est-ce que Paulus, Fabius Maximus,
les Cossus et les Servilius te soutiendront, et cette immense armée de nobles, non
ceux qui étalent de vains noms, mais ceux tels qu’ils font honneur aux portraits
de leurs ancêtres ? »
Mots-clés : indicatif présent ; indicatif parfait ; indicatif plus-que-parfait ; indicatif futur ; subjonctif présent ; subjonctif imparfait ; subjonctif parfait ; subjonctif plus-que-parfait ; infinitif présent ; infinitif présent actif ; participe présent ; participe parfait ; gérondif ; déponent ; comparatif ; ipse, a, um ; is, ea, id ; hic, haec, hoc ; qui, quae, quod ; quis, quae, quid ; proposition infinitive ; proposition relative (indicatif) ; proposition relative (subjonctif) ; complétive ne + subjonctif ; interrogative directe ; interrogative indirecte ; discours indirect ; circonstancielle finale (subjonctif) ; circonstancielle consécutive (subjonctif) ; cum + subjonctif ; ablatif absolu ; système hypothétique (réel) ; philosophie ; politique ; violence
Contribution : Clémence Pelletier