Sénèque, Lettres à Lucilius, 70 : "Réflexions sur le suicide"
Original (173 mots environ
) :
Vilissimae sortis homines ingenti impetu in tutum euaserunt, cumque e commodo mori
non licuisset nec ad arbitrium suum instrumenta mortis eligere, obuia quaeque rapuerunt
et quae natura non erant noxia ui sua tela fecerunt. Nuper in ludo bestiariorum unus
e Germanis, cum ad matutina spectacula pararetur, secessit ad exonerandum corpus :
nullum aliud illi dabatur sine custode secretum ; ibi lignum id quod ad emundanda
obscena adhaerente spongia positum est totum in gulam farsit et interclusis faucibus
spiritum elisit. Hoc fuit morti contumeliam facere. Ita prorsus, parum munde et parum
decenter : quid est stultius quam fastidiose mori ? O uirum fortem, o dignum cui fati
daretur electio ! Quam fortiter ille gladio usus esset, quam animose in profundam
se altitudinem maris aut abscisae rupis immisisset ! Vndique destitutus inuenit quemadmodum
et mortem sibi deberet et telum , ut scias ad moriendum nihil aliud in mora esse quam
uelle. Existimetur de facto hominis acerrimi ut cuique uisum erit, dum hoc constet,
praeferendam esse spurcissimam mortem seruituti mundissimae. Quoniam coepi sordidis
exemplis uti, perseuerabo.
Français (trad.
Sarah Gaucher)
:
Des hommes de la plus basse extraction, avec un effort immense, se réfugièrent en
lieu sûr et, puisqu’il ne leur avait pas été donné de mourir comme il leur convenait
ni de choisir à leur guise les moyens de se donner la mort, ils se saisirent de tout
ce qui put leur tomber sous la main et mirent leur énergie à faire d’objets qui, en
soi, n’étaient pas dangereux des armes. Récemment, lors d’un jeu qui mettait aux prises
les gladiateurs à des bêtes, un Germain, alors qu’on le préparait pour les combats
du matin, se retira pour pour soulager son corps. On ne lui permettait d’aller dans
aucun autre endroit qui fût à l’abri des regards d’un garde. Là, il s’enfonça complètement
dans le gosier le bâton qui est y placé avec une éponge accrochée au bout pour nettoyer
les excréments et il rendit l’âme, la gorge obstruée. Cette attitude revint à faire
un affront à la mort. Oui, tout à fait : de façon bien peu propre et bien peu décente.
Mais qu’y aurait-il de plus stupide que de mourir en jouant les délicats ? Ô homme
courageux, ô homme qui méritait qu’on lui donnât le choix de son destin ! Avec quel
courage cet homme aurait manié l’épée, avec quelle hardiesse il se serait précipité
dans un gouffre profond en mer ou au fond d’un ravin, à flanc d’un rocher abrupt !
Abandonné de toutes parts, il trouva le moyen de ne se devoir qu’à lui-même tant la
mort que son arme, pour qu’on sache que, pour mourir, rien d’autre ne nous retarde
que notre volonté. Que chacun apprécie l’acte de cet homme si impétueux comme bon
lui semblera, pourvu que l’on tienne pour avéré qu’il faut préférer la mort la plus
immonde à la servitude la plus propre. Puisque j’ai commencé à prendre des exemples
triviaux, je vais continuer dans cette voie.
Mots-clés : indicatif imparfait ; indicatif parfait ; indicatif futur ; subjonctif imparfait ; subjonctif plus-que-parfait ; infinitif présent ; participe présent ; adjectif verbal ; gérondif ; déponent ; comparatif ; comparatif de l'adverbe ; superlatif ; is, ea, id ; ille, illa, illud ; hic, haec, hoc ; qui, quae, quod ; proposition infinitive ; proposition relative (subjonctif) ; interrogative directe ; interrogative indirecte ; exclamative ; circonstancielle causale (indicatif) ; circonstancielle finale (subjonctif) ; circonstancielle causale (subjonctif) ; comparative (indicatif) ; complément du comparatif ; cum + subjonctif ; accusatif exclamatif ; ablatif absolu ; adjectif verbal épithète ; adjectif verbal attribut ; subjonctif en principale ; système hypothétique (irréel du passé) ; philosophie ; mort
Contribution : Sarah Gaucher